Colloque ACEDLE 2005

 

Recherches en didactique des langues

 

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organisé par le Centre de langues de l’Université Lyon 2

 

16-18 juin 2005 à Lyon

 

La langue chantée : un outil efficace pour l'apprentissage et la correction  phonétique

(abstract)

par Paolo ZEDDA

Maître de Conférences (Lyon2), détaché à l’Ecole Nationale de Musique de Beauvais

Professeur associé au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris

 

L'utilisation de la chanson en didactique des langues n'est rien de nouveau.

Plusieurs textes et méthodes sur l'apprentissage des langues "étrangères", de différents niveaux et intentions, incluent des chansons et développent des activités autour de cet outil d’apprentissage. Depuis quelques temps, on voit même paraître des méthodes entièrement basées sur la chanson (Hancock, (1998) ; Martin, Tresallet (1999); Naddeo, Trama (2000) )  incluant des activités didactiques entièrement conçues et structurées autour de cet outil, envisagé surtout comme un complément à d’autres formes d’apprentissage.

Toutefois les activités didactiques qui sont habituellement développées autour d’une chanson, exploitent peu, ou pas du tout, le volet phonétique d’un tel apprentissage.

Le travail sur la gymnastique articulatoire, que cet outil didactique rend plus visible et sensible, même lorsqu'il est envisagé par les activités de telle ou tel autre livre ou méthode, passe souvent en second plan. L’expression chantée de la langue est souvent exclue des objectifs du cours et on utilise la chanson comme prétexte pour l'expression orale parlée, pour une réflexion sur les éléments de civilisation qu’elle véhicule et pour exercer d’autres compétences linguistiques : un entraînement sur les structures grammaticales, le lexique, etc...  Souvent même elle est utilisée comme simple « distraction », par rapport à d’autres approches considérées plus « sérieuses » et structurantes…

Dans cette communication nous allons exposer les raisons qui font de la « langue chantée » un outil facilitant l’acquisition d’une plus grande « conscience articulatoire » et permettant une approche pragmatique du niveau phonétique d’une langue

 

Contrairement à l’opinion répandue, la pratique de la langue chantée peut contribuer plus à la conscience de la production articulatoire (et éventuellement à sa correction) qu’à la perception des sons.

En effet, le ralentissement du débit articulatoire qu’elle peut provoquer (ou, le cas échéant, une pulsation musicale ralentie par l’enseignant au moment de l’apprentissage, si la chanson est « rapide »!) permet de mieux orienter notre attention sur les qualités phonétiques de tel ou tel autre phonème, et en particulier de certains allophones, difficilement « perceptibles » ; la «perception» étant trop reliée à l’écoute subjective de chacun et aux différents filtres posés par les langues pratiquées ou apprises : la langue maternelle bien entendu, mais aussi toute langue seconde ou «en cours d’apprentissage».

Il est plutôt naïf de penser que l’utilisation d’une chanson en cours pourra améliorer les capacités d’écoute des apprenants: les « malentendants » et les «distraits » (bien plus nombreux qu’on ne le pense !) risquent de reproduire les défauts d’une écoute défectueuse ou «détournée».

Paradoxalement on n’entend souvent que ce que l’on veut entendre ; cela étant valable bien au-delà de l’écoute d’une chanson! Et s’il est vrai que la musique a un pouvoir de suggestion et contribue à une plus facile mémorisation de certains éléments phonétiques (Guimbretière E., 1994, p. 84), elle n’indique pas la voie pour obtenir leur « bonne prononciation ».

Afin d’obtenir une bonne diction de la langue, qui facilite indiscutablement la communication entre les individus, il est souvent indispensable de « sentir » les différents mouvements articulatoires, après les avoir « entendus » et analysés au moyen de différents exercices de discrimination auditive. La langue chantée, fonctionnant comme une loupe de la production phonétique, facilite alors l’acquisition d’une gymnastique articulatoire adaptée à chaque appareil vocal.

Si la langue chantée n’est pas la « recette miracle » pour mieux parler une langue, elle a toutefois des potentialités susceptibles d’améliorer la conscience articulatoire de chacun. Encore faut-il que le pédagogue soit sensibilisé à ce type d’apprentissage et ne soit pas emprisonné par des conceptions erronées ou « discutables » de notions indispensables comme « langue standard » ou « bonne diction ». Il est nécessaire de préciser ces dernières d’après des critères phonétiques qui les éloignent des différentes conceptions « puristes » du langage, présentes encore dans de nombreuses approches didactiques, nouvelles technologies incluses.

Si le modèle standard d’une langue doit être envisagé comme une entité virtuelle, vers laquelle « tendent » les parlants, et qui accepte des colorations régionales « conscientes et contrôlées », la notion de bonne diction qui l’accompagne, doit être redéfinie sur la base de données phonétiques : il s’agit de décrire les caractéristiques (articulatoires et acoustiques) du « système allophonique » de la prononciation d’une langue qui optimise le fonctionnement de la voix dans un esprit de sauvegarde de l’appareil vocal. La langue chantée nous offre des indications précises pour le décrire.

 

Dans cette communication seront développées aussi quelques critères qui facilitent le choix de chansons à «but phonétique», ainsi que des directions pour le développement d’activités autour de cet outil ; et cela à partir des travaux développés pendant de nombreuses années dans le cadre du DESS didactique des langues étrangères du Centre de Langues de Lyon2.

                                                                                                                                 Février 2005

 

Quelques textes sur l’argument :

 

- Dossier Chanson, Le français dans le monde N°318, novembre-décembre, 2001.

- La Clef des chants, La chanson dans la classe de français, http://omega.cc.umb.edu/~thompson/clef.htm

- Caré, J.-M., Demari, J.-C. (1998), Chanson et profs : une histoire d’amour contrariée, Le Français dans le Monde,

   n°216, p. 48-50.  

- Calvet, L.-J. (1980), Chanson : Quelle stratégie ? , Le Français dans le Monde, n°144, p. 66-67.

- Calvet, L.-J. (1980), La chanson dans la classe de français langue étrangère, Paris : CLE  International, coll. « Outils

   Théoriques »

- Calvet, L.-J. (1981), Chanson et société, Paris :Payot, coll. Langages et sociétés  

- Francoiz Breut, (2001) Chansons en classe : mode d’emploi , Le Français dans le monde, no 318, nov-dec 2001.

- Guimbretière Elisabeth, (1994)  Phonétique et enseignement de l'oral, Didier/Hatier.

- Guerrin, G. (1997), Le Karaoké en cours de français, Le Français dans le Monde, n°288, p. 123-125.

- Hancock, M. (1998) , Singing Grammar Cambridge University (avec deux cassettes audio)

- Julien, P. (1988), La nouvelle chanson française autrement, Le Français dans le Monde, n°221, p. 45-49.

- Kaneman-Pougatch, M. (1989), Les phonèmes, j'aime, Le Français dans le Monde, n°223, p. 109-114.

- Kaneman-Pougatch, M., Pedoya-Guimbretière, E. (1990), Plaisir des sons, Paris : Alliance Française/Hatier/Didier

- Kohlhaver, M. (2000), Quand chanter, c’est traduire. Le Français dans le monde, n° 312, p.32-36.

- La Gaceta de Cyrano, Comment exploiter une chanson en classe de français,

   http://www.supercable.es/~cyrano/lengua/exploitationchanson.htm

- Leila Houari.(1995),Phonétique et chanson même combat,Le Français dans le Monde, n°276,p.117-120.

- Louvrier, F. (1999), Faire vivre les sons, Le Français dans le Monde, n°306, p. 121-122.

- Martin Cécile et Tresallet Elisabeth, (1999) 30 phonèmes en 30 chansons, Retz. (avec CD audio).

- Naddeo, C.M., Trama, G., (2000) Canta che ti passa, Alma Editori (avec CD audio).

- Noir, P., Peifer, M. (1996), Entendre, lire et prononcer les voyelles nasales, Le Français dans le Monde, n°285,

   p. 126-128.

- Vollaire  Claude, Chanson en classe d’anglais, http://www.ac-nantes.fr/peda/disc/lv/anglais/chansons.htm

- Yvart, Jacques, Chansons que cela ? Ce que les uns ou les autres en disent,

   http://www.faculty.umb.edu/brian_thompson/citations.htm

- Zedda Paolo, (1995) Esthétique de la diction française entre Tradition  et Phonétique de la langue chantée, dans les ,

   Actes du Colloque sur la Mélodie Française qui se sont déroulés au CNSMDP en Mai 95, éditions AFPC, mars 1996.

- Zedda Paolo,  (1997) Envie de chanter: quelle technique? , in : "Franco-Italica" N° 12, (série contemporaine),

   Champion-Slatkine, 1997 (parue en mai 99).

- Zedda Paolo, (1998), Linguistic variants and their effect on the singing voice, Australian Voice", Volume 4

- Zedda Paolo, (2000), Du chant, dans  http://perso.club-internet.fr/zeddap/paolozsite

- Zedda Paolo, (2001) Le chant et ses systèmes vocaliques, dans Actes du colloque : 'Moyens d'investigation et pédagogie de la voix chantée' (Lyon, février 2001), chez Symétrie, 2002, (http://www.symetrie.com)

- Zedda Paolo, (2003) , Varietà e qualità dell'articolazione nasale: dal parlato al canto, Actes du congrès :Il parlato

   italiano,  Naples, 13-15 février 2003 (CD ROM) M. D'Auria Editore.

- Zedda Paolo*, (2004), VOCALES 2000, hommage à Nicola Vaccaj, 27 pièces pour une introduction au répertoire

    vocal "contemporain", LV production (*conception et coordination de l’ouvrage)

- Zedda Paolo, (2004), VOCALES 2000, hommage an Nicola Vaccaj, Dokumentation 2004 (Bundesverband Deutscher

  Gesangspädagogen): Standortbestimmungen – Grenzüberschreitungen Perspektiven der Gesangpädagogik in

  Deutschland.