Vocales 2000, hommage à Nicola Vaccaj

Il s’agit d’un recueil de 27 pièces du XXIème siècle, pour une introduction au répertoire vocal contemporain. Accompagné d’un CD, avec une interprétation de ces pièces + un play-back, ce recueil est le résultat de l’opération Vaccaj 2000  lancée en 1997 par le biais de l’Association Française de Professeurs de Chant, dont j’étais le président (de 1993 à 2000) et qui a demandé 7 longues années de travail et de suivi constants. Paolo ZEDDA

 
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C’est à l’École d’Art Lyrique de l’Opéra de Paris, où je fus embauché très jeune en tant que répétiteur d’italien, que j’ai vraiment compris l’importance de la démarche pédagogique de Nicola Vaccaj, un professeur de chant reconnu pour son talent dès l’age de 26 ans… Cela devrait nous faire réfléchir : il peut y avoir des bonnes oreilles pour le chant même parmi les jeunes pédagogues!

 

Quelques-uns de ses exercices de technique et de style, extraits de son célèbre Metodo pratico résumant de façon intelligente les principaux aspects du Belcanto de son époque, étaient le passage obligatoire, souvent redouté, par lequel devaient s’aventurer les chanteurs qui se présentaient au concours d’entrée de cette école pré-professionnelle de l’Opéra de Paris : une structure qui a accueilli et aidé de nombreux d’interprètes ayant occupé ou occupant encore aujourd’hui les scènes françaises et internationales.

Avec la canzonetta sur le portamento «Vorrei spiegar l’affanno», ou l’exercice récapitulatif «Alla stagion de’fiori », le ténor Michel Sénéchal, qui dirigeait cette École de formation, imposait une épreuve permettant de découvrir ou confirmer les éventuelles lacunes techniques de chanteurs qui présentaient souvent des programmes d’audition « cache misère »; l’esprit systématique et l’intelligence pédagogique de ce grand maestro du chant qu’a été Nicola Vaccaj, permettait de démasquer quelques éventuels tricheurs.

 

Cet esprit pédagogique est justement celui qui m’a guidé pour inciter quelques compositeurs contemporains à s’associer à l’aventure Vaccaj 2000 rebaptisée ensuite : Vocales 2000, hommage à Nicola Vaccaj. Je les remercie tous, même ceux qui ne peuvent pas figurer dans ce premier recueil.

 

Certains d’entre eux découvraient d’ailleurs par ce biais l’habileté pédagogique de N. Vaccaj que je donnais comme « modèle à suivre », à la fois pour la concision de ses pièces, sa capacité de synthétiser la musique de son époque, et donner un accès agréable à une technique vocale trop souvent enfermée dans d’innombrables exercices, souvent inutiles, que Vaccaj même dénonçait.

 

En s’appuyant, comme le dit lui-même, sur l’expérience acquise en Allemagne, France, Angleterre et en Italie, Nicola Vaccaj affirmait:

 

«  ( …) beaucoup, si non tous ceux qui apprennent le chant  pour leur plaisir, n’aiment point s’entretenir avec des longs solfèges et exercices ; (…) J’ai pensé alors à une méthode que je présente ici, d’un genre tout nouveau, brève, plaisante et utile ; avec laquelle on peut également, et plus vite, réaliser les mêmes intentions de départ.

(…) lorsque il y a des bases musicales[1] j’imaginais que depuis la gamme, il était mieux de s’accoutumer directement à la langue, plutôt qu’a des syllabes vides de sens [2], et en choisissant parmi les beaux vers de Metastasio ceux qui m’ont semblé les plus adaptés, je m’en suis servi pour rendre peut-être moins ingrates ces premières règles que personne ne veut pratiquer, afin d’en fuir l’ennui.

Je suis certain que cela sera très utile pour les amateurs (dilettanti[3]), mais aussi pour ceux qui se dédient au chant professionnel (pour en professer l’Art!), car cela peut servir d’éclaircissement à toutes les autres méthodes, étant donné que celle-ci est composée avec des exemples démonstratifs.

 

Cette idée de mélanger les professionnels et les amateurs de bon niveau était d’ailleurs partagée par une autre grande pédagogue allemande que j’ai eu la chance de côtoyer à l’École d’Art Lyrique de l’Opéra de Paris: Élisabeth Grümmer qui appliquait un principe semblable dans de nombreux stages qui ont été organisés par exemple à Rixheim, en Alsace.

Je la remercie ici, en même temps que Hans Hotter, récemment disparu, car ils ont « offert » aux Français les dernières années de leur extraordinaire talent de pédagogues avertis.

 

Il n’y a pas de pédagogie particulière pour les solistes, ces derniers étant au début tout simplement des « amateurs » très doués, qui ont besoin souvent d’un temps très long pour apprivoiser un appareil vocal qui peut donner l’illusion de bien fonctionner : les courtes carrières d’innombrables chanteurs très doués au début de leurs études et/ou de la profession en sont le triste témoignage.

Avec l’heureuse formule de courtes pièces qui résument de nombreux aspects d’un langage ayant bien mérité l’étiquette de « belcanto », Vaccaj indique un chemin qui facilite la maîtrise technique de quelques formules et extravagances vocales de la musique de son temps.

 

Pour « notre » musique contemporaine savante, j’ai préféré m’adresser à plusieurs compositeurs, pour essayer de rendre compte d’un langage vocal qui à notre époque est bien plus hétérogène que celui auquel se référait Vaccaj. L’ayant moi-même mal vécu au temps d’un apprentissage tardif de cette littérature vocale, j’ai cru utile d’essayer de sortir l’approche de ce répertoire des classes de « solfège » (formation musicale) , en demandant à tous ces compositeurs la création de courtes pièces « agréables» qui puissent familiariser nos gosiers avec les extravagances d’un répertoire qui pour le moment est encore réservé à des chanteurs dits « spécialistes » et bons lecteurs...

 

Avec ces Vocales 2000 les chanteurs seront confrontés, j’espère le plus tôt possible dans leurs études, à d’autres difficultés que celle du Belcanto : à des particularités techniques issues souvent d’autres répertoires, comme par exemple le phénomène appelé « belting », mais aussi à une recherche d’effets vocaux qu’il faut négocier avec la nécessité absolue de garder l’appareil vocal en bonne santé. 

Par rapport à nos attentes, et malgré des consignes très précises[4], le résultat dont ce recueil est le reflet est tout aussi éclectique que la démarche que nous avions choisie. Vous y trouverez une sélection de pièces, dont seulement quelques-unes ont respecté « l'esprit Vaccaj ». D’autres, échappant à tout effort de systématisation, sont toutefois représentatives de différents aspects et langages de ce répertoire.

 

La sélection a été difficile.

Sur les 67 pièces reçues, les 27 pièces sélectionnées pour ce premier recueil ont été choisies sur les critères prioritaires suivants:

- la facilité dans l’exécution et le respect de la brièveté imposée;

- un repérage facile de l’argument musical, ou vocal, proposés à l’étude : par ex. le ¼ de ton, une diction particulière, des difficultés rythmiques et d’intonation, etc.…) ;

- la nécessité que les voix des 4 pupitres habituels d’un chœur soient représentées équitablement, avec parfois des pièces chantables facilement par deux ou plusieurs catégories vocales.

Voici les résultats :

6 pièces toute voix,

7 pièces pour voix haute,

3 pièces pour voix moyenne haute,

3 pièces pour voix moyenne,

5 pièces pour voix moyenne grave,

3 pièces pour voix grave

 

Nous avons ensuite partagé ces pièces dans cinq catégories appelées « itinéraires pédagogiques», pour  évoquer un  esprit de travail qui rappelle une fois de plus la méthode Vaccaj, où l’on adapte la suite des pièces aux besoins de l’étudiant…

 

Parfois classées de façon « arbitraire », certaines pièces auraient pu figurer dans d’autres catégories! Voici toutefois le partage choisi:

7 Jeux de rythme

6 Intervalles

5 Effets

4 Vocalisations

5 Mélodies

 

Malgré une demande précise de nous composer des pièces en plusieurs langues, le français est largement dominant dans ce recueil, avec quelques clins d’oeil à l’anglais …, mais aussi la présence d’un idiome plutôt « exotique» comme la langue sarde, et bien sûr les innombrables langages onomatopéiques…

 

Les enregistrements joints au recueil, avec les play-back respectifs, ne constituent point un modèle d’exécution ou une référence pour l’interprétation. Ils sont le témoignage d’un « exercice d’élève », accompli non sans difficulté, par de jeunes chanteurs, parfois dans une phase délicate de l’apprentissage du chant.

Ils peuvent toutefois être un guide pour faciliter le choix de jeunes chanteurs amateurs (« dilettanti ») et professionnels qui ont du mal à se familiariser avec ce répertoire, et qui pourraient être aidés par le travail d’écoute.

 

Je souhaite enfin que cette « Opération Vaccaj 2000 », puisse continuer dans d’autres initiatives similaires, afin de pouvoir disposer dans quelques années d’un ensemble de recueils de ce type qui faciliteront l’accès des jeunes chanteurs à la musique savante de notre temps.

 

Paolo ZEDDA, avril 2004

 

 



[1] (…) ancorchè avessero per qualche tempo solfeggiato e vocalizzato (…)

[2] N. Vaccaj disait en note à ce propos :  -«  Commencer avec des monosyllabes musicaux ce sera bien pour ceux qui apprennent le chant en même temps que la musique, mais cela n’apprends pas la vraie syllabisation   parce-que l’élision des voyelles y est absente, ainsi que ce que l’on démontre dans la première leçon : la syllabe articulatoire dans « manca sollecita » (le célèbre ma-nca so-lle-ci-ta !)  et « semplicetta tortorella » -.

Voir pour cela la récente édition critique de l’éditeur Giancarlo Zedde (Torino, 2000), aux soins de Michael Aspinall, qui restitue le partage syllabique voulu par Vaccaj même dans le célèbre « semplicetta tortorella » :  un « oral »  se-mpli-ce-tta to-rto-re-lla qui s’oppose à l’habituel « écrit » sem-pli-cet-ta tor-to-rel-la.

[3] Il est par ailleurs intéressant de relever au passage que le mot « amateur», en musique,  se dit en italien  « dilettante » et  que « diletto » veut dire « joie » !

[4]  Longueur des pièces, repérage d’un argument musical ou vocal, parmi ceux proposés : les micro-intervalles, l'enchaînement de grands intervalles, la complexité rythmique, le "parlato", la "modalité" contemporaine, les voyelles et onomatopées, ainsi qu’une rubrique au choix du compositeur ...